jeudi 8 août 2024

Parfois la vie

Parfois la vie nous joue des tours. 

Tours de passe-passe, tours de magie 

Et mon cœur aussi fait des tours 

Tours de manège. 


Le 8 août 2019, le papier sacré était signé. Nous obtenions l’agrément pour l’adoption d’un enfant. Après un an et demi de bataille acharnée contre une institution qui ne faisait que peu confiance à notre couple tout tordu, nous étions enfin rassurés. 


Pendant cinq ans, nous avons tout mis en œuvre pour que ce papier sacré ne devienne pas papier perdu. 

Nous avons rencontré de belles personnes,

Suivi des tas de parcours,

Espoirs déçus

Lumière revenue. 

Nous avons écouté des conférences, 

Appris pleins de choses. 

Nous nous sommes renseignés,

Nous avons réfléchi bien plus que tant de couples monsieur-madame bien portants,

Nous avons aussi compris. 

Compris que le papier sacré était sûrement papier piégé. 

Un agrément blanc on l’appelle, 

Agrément pour faire plaisir mais sans avenir.


En 2021, nous avons emprunté un chemin de traverse. 

Nous avons choisi de transformer l’attente en parrainant un enfant une fois ou deux par mois. 


Après quelques virages, nous l’avons rencontré. 

Notre espoir,

Mon phare. 


Aujourd’hui, nous sommes à nouveau le 8 août. 

Et parfois la vie nous joue des tours. 

Tours de passe-passe, tours de magie 

Et mon cœur aussi fait des tours 

Tours de manège. 


Le 8 août 2024, le papier sacré a eu 5 ans. 

Il faut savoir qu’au bout de 5 ans, le papier sacré devient papier périmé.

L’agrément est caduc, il faut tout recommencer. 

Alors, en ce 8 août 2024, mes yeux avaient prévu de pleuvoir. 


Mais, parfois la vie nous joue des tours.  

Tours de passe-passe, tours de magie 

Et mon cœur aussi fait des tours 

Tours de manège. 


Ce soir, je suis une presque-maman fatiguée d’une journée bien remplie. 

Journée passée à acheter les fournitures scolaires de celui qui a tout changé. 

Celui qui m’a redonné ma place,

Qui a bouclé la boucle, comblé le trou du puzzle. 

Mon arbre fruitier. 


Je n’aurai osé croire à une journée aussi banale  pour certains.  

Demain, on fait les valises. 

Et, dans cette douce rengaine du quotidien,

Mes yeux, ce soir, ont oublié de pleuvoir

Courrier du cœur

 Aujourd’hui, j’ai dû aller à la poste à la recherche du courrier perdu de notre immeuble. Pour un problème de clé, le facteur ne veut plus passer. Mais, au guichet, on m’a confirmé l’absurdité la plus rêvée de notre société. « Nous ne distribuerons pas le courrier ». La Poste n’a pas de facteur, juste des vendeurs d’enveloppes et des cartons. On achète des boîtes pour envoyer des choses qu’on achète. Mais, il n’y a plus de facteur. Pas un humain pour me dire où est mon courrier. L’autre jour, j’ai écouté des bruits de couloir. Au sens propre. Les bruits de l’allée de mon rez-de-chaussée. Les gens, fatigués, se plaignaient de ces boîtes aux lettres vides. Du fond de leur HLM, ces hommes et ces femmes avaient peur de rater des courriers importants. « Au mois d’août, c’est les impôts. » Les gens de mon HLM, ils ont peur de rater les factures, pas les bonnes nouvelles. Les bonnes nouvelles, elles, elles arrivent plutôt sans encombre dans des jolies boîtes aux lettres. Elles arrivent dans la jolie besace d’un facteur qui a la bonne clé de la bonne porte du bel immeuble. Et puis, si le facteur travaille mal, le syndic des habitants du bel immeuble se plaindront et eux, ils auront une belle voix sur une belle gueule bien blanche, celle qu’on entend ou plutôt qu’on écoute. Alors, le facteur retrouvera bien vite sa clé et la bonne nouvelle retrouvera bien vite dans sa boîte.

Mur

Dans deux jours, la France votera. Il y’a de moins en moins d’espoirs de ne pas être gouvernés par des fascistes. 

Dehors, le soleil brille et les grandes vacances approchent d’heure en heure, à grands pas, l’air de rien. Elles s’en fichent les grandes vacances de ce qui se joue ici. Il s’en fout le soleil de la haine qui assombrit tout. 

Je regarde mes élèves de huit ans. Chacun, chacune est une identité en devenir, un balbutiement de parcours, un souffle d’espoir. 

Elle là-bas au premier rang, jolie, bien blonde, bien comme il faut. 

Lui, toujours mal assis, jamais à sa place, jamais dans les cases. 

Elle aussi qui ne répond jamais où il faut, qui n’a pas les codes, qui fout le bazar tout autour, qui a peur qu’on renvoie sa mère dans un Là-bas qu’elle n’a plus demander. 

Elle encore qui aura la chance d’intégrer une école qui s’adaptera à ses besoins là où nous n’avons pas pu. 

Lui, enfin, protégé par une aide sociale déjà en danger mais qui risque de sombrer dans l’oubli. 

Devant le film estival, je les regarde tous et toutes. Je suis émue mais j’ai peur. 

Face à tant d’innocence. 

Face à tant d’ignorance. 

Alors j’écoute encore un peu leurs rires qui lézardent les mur

Qui savent surtout guérir nos blessures.


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