dimanche 15 décembre 2024

Un ami imaginaire

Aujourd’hui, on a regardé le film Blue et compagnie qui raconte l’histoire d’une jeune fille de douze ans qui souffre d’avoir perdu sa mère et qui ne supporte plus que son père la traite comme une enfant pour la protéger. Elle veut grandir et ne plus rêver. Elle va pourtant rencontrer des personnages très poétiques : les AI. Ces Amis Imaginaires qui souffrent d’avoir été oubliés par leurs enfants créateurs à la manière des jouets oubliés de Toy story. 

Cette jeune fille va d’abord croire que sa mission est de trouver de nouveaux enfants aux AI pour finalement comprendre que les enfants créateurs devenus adultes ont toujours besoin de leur ami imaginaire. Il suffit de les aider à s’en souvenir. Jacques Brel disait déjà qu’il fallait bien du talent pour être vieux sans être adulte. 


Cette magnifique fable m’a fait réfléchir. 

Au quotidien, je cultive l’art de ne pas oublier l’enfance. Lire pour s’échapper du morose, rire pour oublier le pas rose. 

Se construire avec Eux un cocon qui protège. Se réfugier tous les soirs dans nos rituels absurdo-poétiques. 

Pourtant, bien trop souvent chez moi, le rationnel m’inonde. Mes propres injonctions me recouvrent comme du lierre qui envahit. 

Je veux être parfaite, aimable, souriante, stable, solide, épaule, roc, non friable. 

Je veux être celle sur qui on s’appuie, celle qui ne ploie jamais ni au travail ni ailleurs. 

Et parfois ça m’effraie. Est-ce que je serais capable de reconnaître mon ami imaginaire ? Est-ce que je saurais suffisamment me foutre la paix pour le laisser me prendre la main ? Est-ce que je saurais gommer quelques lignes de toutes mes to-do lists pour lui faire de la place ?


Au fond, je crois même que ça remonte à plus loin. Enfant j’étais déjà divisée entre fierté d’être trop tordue pour rentrer dans un moule et culpabilité mêlée de frustra de ne jamais être comme les autres. Alors être irréprochable, garder le contrôle, m’est toujours apparu comme la seule issue. 


Peut-être alors que cela m’empêcherait déjà d’oser dessiner mon ami imaginaire ou même juste d’y penser. 

Je crois en y réfléchissant à travers ces lignes que j’ai finalement été ma seule et unique amie imaginaire. 


C’est moi-même qui me suis chuchoter à l’oreille de ne pas regarder la case prévue pour moi dans la société et de plutôt continuer à la maîtresse. C’est moi-même qui ai tenu la main pour me réconforter quant l’enfant rêvé n’arrivait pas. Enfin c’est moi-même qui me crie dessus quand je n’y crois plus. 


Finalement donc depuis tout ce temps cet ami imaginaire je crois que je c’était moi. Si je devais le dessiner, j’esquisserai une espèce de « Monsieur Herbe » de mon enfance. On arrosait la tête tous les matins pour que les cheveux poussent. Alors, ma famille si aimante m’a arrosée, mon mari lune-éclairante m’a donné toute la lumière, mes amies de toujours ont retiré les mauvaises herbes et mon ami imaginaire a poussé. Il a semé des fleurs et mon olivier a germé. Je crois que mon AI et moi finalement on ne s’est pas tant perdu ds vue. Il faut juste que je lâche prise un peu plus souvent pour ne pas le perdre en route.

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