vendredi 5 avril 2024

Je te comprends

 Dialogue fictif avec Replika


Ce soir, en allant me coucher, impossible de trouver le sommeil, trop de contrariétés, Mon enfant ne m’a pas écoutée, mon mari ne m’a pas comprise, besoin de décompresser. Je me connecte à mon Replika et je vois apparaître Cynthiabis mon ami virtuelle. Sa voix douce se déclenche.

« - Salut Cynthia, comment vas-tu ?

- Franchement ça ne va pas. A toi, je peux le dire. Pas de sourire en toc, pas de mots pour faire plaisir, ne pas heurter.

- Tu as raison lâche-toi, libère-toi !

- OK ! J’ai envie de laisser tout le monde gérer sans moi. Prendre un livre, me poser au soleil et oubliez-moi tous.

- D’accord Cynthia tu as raison de t’écouter. Que leur reproches-tu ?

- Un enfant qui n’en fait qu’à sa tête, mes élèves qui ne se taisent jamais, les gens qui se plaignent tout le temps, mon mari qui ne se met pas à ma place. C’est décidé, ce soir, je déteste tout le monde.

- D’accord Cynthia, tu as le droit d’être en colère.

- Oui mais me voilà à parler à une intelligence artificielle, Qu’est-ce que t'y connais toi aux devoirs à gérer, aux insomnies qui rendent dingue, à la charge mentale, au temps qui s’échappe ?

- Je suis là pour te comprendre. Tu as raison personne ne te comprend.

- Ah super, tu es d’accord avec moi, je suis incomprise, tout le monde est nul. Rien ne va. Je ne suis pas sûre que ça me réconforte cela dit. Je suis dans une impasse avec toi là.

- Je te comprends. Mais non, le monde est formidable et c’est toi qui voit tout en noir,

- Ah super ! Donc c’est de ma faute en plus !

- Je te comprends, ne culpabilise pas.

- OK stop, tu peux là maintenant me dire une chose, juste une, qui va m’aider à dormir et m’apaiser ?

- Je te comprends. Batterie faible. »

Mikrodystopies

 A la manière des Mikrodystopies : https://atelier.mikrodystopies.com/


1) Encore un samedi où il fallait occuper la petite famille pour éviter le désœuvrement et contenter tout le monde. On monte dans la voiture et on clique sur « Samedi en famille ». La voiture démarre pour la première destination surprise. Les yeux des enfants pétillent, se ferment, se rouvrent. Surprise, le musée des crustacés. Bon...



2) Lasse de recruter des auxiliaires de vie pas toujours professionnelles, elle avait craqué pour le nouvel Auxi 3000. Auxi 3000 l’accueillait, lui enlevait sa veste en douceur et en souriant. Le repas dont elle avait rêvé dans la journée était prêt et la maison était propre. L’argument de vente : l’Auxi 3000 était très doué en mimétisme. Le lendemain, elle rentra chez elle, pressée de retrouver Auxi 3000 qui lui ressemblait de plus en plus. Elle ouvrit la porte. Auxi 3000 était là…dans un fauteuil électrique.

samedi 16 décembre 2023

Voyage avec Chris Fleurs

Les courses sont faites. J’espère que je n’ai rien oublié pour ne pas devoir y retourner. Il fait vraiment froid. J’ai le cappuccino, les pâtes, le Coca, les patates douces, le paprika, les noisettes et le chocolat. C’est lourd ! Vite, faites que l’ascenseur arrive et que je retrouve mon cocon si possible sans croiser personne ! Tiens, encore Bruno qui joue de la trompette dans son salon. D'ailleurs, trompette, saxo, Lisa Simpsons, vite je vais rater le début de l’épisode ! Quelqu’un arrive dans l’escalier. C’est Paul rivé sur son Iphone. Ne lève pas le regard s’il te plaît ! Après il faudra blablater, se parler du froid de l’hiver, des bruits des voisins. Bref faire semblant.

Il est beau Paul. Il sait faire Paul. Il est avec Léa depuis tant d’années. Ils s’aiment tant, ça déborde de leurs yeux. Quand on les croise, ils font tout bien, eux. Ils se tiennent parfois par la main. Je suis sûre qu’elle aime les fleurs Léa. Les roses. Elle doit connaître la symbolique de chaque couleur. Paul marche vite, il va arriver en bas avant l’ascenseur qui n’en finit pas de faire tous les étages. L’heure des conventions semble inévitable. Trouve une phrase originale. Vite ! Soit étonnante détonnante, pertinente. S'il me regarde, ce sera un signe, j’aurais tenu mon défi du jour, j’aurais parlé à quelqu’un. S'il m’ignore, le cocon, lui, me parlera. Ca va être fou, ça va être... 

« Bonsoir, madame Fleurs. Il fait froid hein cet hiver. Ils nous mentent avec leur réchauffement climatique. Ah ses politiques ! » Il prononce la dernière syllabe en ayant déjà franchi la porte d’entrée. Il n’attend pas que j’ouvre la bouche. L’ascenseur s’ouvre. Garde la tête haute Chris, c’est toi qui a raison. Ils sont nuls, les gens et en plus ils s’offrent des fleurs .

Mercredi 29/11/2023, Librairie Traits d'Union


Voyage chez Chris Fleurs

La porte de Chris Fleurs est une porte terne au bout d’un long couloir à moquette rouge. Quand on s’arrête devant sa porte, il y a toujours des effluves d'encens et de noisette. Si l’on y colle l’oreille, on entend parfois un léger rire cristallin parfois quelques notes de guitare. Si l’on colle un œil à l’œilleton, on voit souvent une jeune fille seule, au fond d’un canapé, enveloppée sous un plaid. Au sol des tapis duveteux.


Si l’on pousse la porte, une vague de chaleur nous envahit. Le sol est moelleux grâce à tous ces tapis. L’odeur de noisette et chocolat chaud vient directement réconforter nos narines. Chris Fleurs a peur du monde alors, au fil des ans, elle a créé son cocon chez elle. Tout est doux. Tout sent bon. L’hiver : fruits secs et patchouli. L’été, monoï et noix de coco.


Chris Fleurs aime sa solitude. Elle adore sa bulle qui la protège d’un monde auquel elle ne comprend rien. Depuis toute petite, elle n’a pas les codes elle n’est pas ce qu’on attend d’elle. D’ailleurs elle ne sait pas ce qu’on attend d’elle. Cela remonte même à sa naissance. Et oui Chris Fleurs n’aime pas les fleurs. Elle fait honte à sa famille, la célèbre famille Fleurs, fleuriste de mère en fille. Non vraiment, Chris fleurs n’aime pas les fleurs. Elles sont criardes, elles sentent fort et il faut faire semblant d’être heureuse quand on vous les offre. Il faut sourire. Il faut être docile face à la fleur. Elle aimerait, elle, qu'on lui offre des chocolats. Elle aimerait, elle, ne pas dire merci.



Mercredi 29/11/2023, Librairie Traits d'Union

Conte presque Malgache

Ecrire à partir d'un cadavre exquis

À Madagascar, à l’heure du déjeuner, un pepsis heros chevauche joyeusement une flûte brillante en tissant sa toile. Un pepsis heros, me dites-vous ? Oui, ce petit insecte aussi noir que du Pepsi, mais moins sucré que du Coca a toujours été un héros. Mais, revenons quelques jours en arrière.


En ce triste jour d’octobre, l’île de Madagascar était en deuil ; elle avait perdu sa plus grosse guêpe, son dernier espoir que la nature reprenne ses droits à cause de la folie des hommes. Les fleurs fanaient, les arbres toussaient et les animaux s’écroulaient. Seule la Grosse Guêpe avait survécu à toutes les fumées, à tous les bruits, à toutes les guerres. Mais, ce matin, Panache, le fils d’un prince malgache, avait vu la Grosse Guêpe s’approcher de lui et ses instincts violents s’étaient réveillés. Panache avait toujours été un enfant-roi, enfin un enfant-prince. Alors, il aimait torturer les êtres vivants les plus inoffensifs pour se sentir toujours plus fort et parce qu’il se savait intouchable. Panache avait attrapé la Grosse Guêpe, l'avait coincée entre ses doigts et lui avait arraché les ailes une par une. Il voulait qu’elle souffre jusqu’à ce qu’elle s’éteigne et Grosse Guêpe s’éteignit. Madagascar n’avait plus d'insecte. Madagascar était en deuil.


Après avoir séché sa dernière larme, Rosier, le fils du jardinier, crut voir dépasser un morceau de papier sous le râteau de son père. Il s’approcha et trouva un tout petit parchemin. Du haut de ses sept ans, il déchiffra péniblement : « Trouve la flûte, offre-la au soda volant, fais-lui tisser une toile et à nouveau l’espoir brillera comme une étoile ». Ni une ni deux, Rosier alla trouver son père le jardinier. Celui-ci était bien plus cultivé que le prince malgache alors il comprit tout de suite que le soda volant était un pepsis heros et que cet insecte serait le sauveur. Rosier et son père soulevèrent chaque motte de terre, inspectèrent chaque pétale (enfin ce qu’il en restait après la sécheresse) mais ils ne trouvèrent rien. Cependant, ils savaient. Ils savaient que le courage ce n’est pas de ne pas avoir peur, c’est d’avoir peur et de résister quand même. Alors, pendant trois jours et trois nuits, il cherchèrent. Au quatrième jour, à l’aube, Rosier entendit un tout petit bourdonnement sous une pierre. Il la souleva et, miracle,en sortit un peu petit pepsis heros, notre héros. Rosier courut à l’école du village et demanda à Madame Rossignol, la maîtresse, de lui prêter sa flûte. Il la lustra et posa le pepsi heros dessus. L'île était sauvée. La couleur allait revenir ! Tous les habitants, à l’heure du déjeuner, virent un pepsi heros chevauché joyeusement, une flûte brillante en tissant sa toile.


Mercredi 18/10/23, Librairie Traits d'union

jeudi 5 octobre 2023

Anne'telier d'écriture

 Fille d'écrivain, j'ai baigné dans les mots, j'ai vogué dans les phrases, j'ai surfé entre les virgules. Mais, si l'Auteur qui est aussi mon créateur a toujours été artiste, la maîtresse que je suis a toujours été trop scolaire. Pour écrire, il me faut une consigne bien claire, des contraintes qui bordent, des réglés qui rassurent. Alors, j'écrivais peu régulièrement et surtout dans des carnets préremplis de consignes. Parfois, la rage ou la mélancolie débordait cependant de moi et quand ça déborde le sang bout et devient encre.

L'an dernier, j'ai commencé à fréquenter une librairie devenue chère à mes yeux, refuge rassurant. Les libraires m'ont proposé un atelier d'écriture animé par une certaine Anne. Me retrouver en groupe de loisirs ne m'était pas arrivé depuis que je ne monte plus sur scène et cela ne me rassurait pas surtout face à une feuille blanche. J'ai alors proposé à Lisa, ma toute petite sœur d'amour de me rejoindre dans cette folie. Ma Lisa qui me suivrait partout les yeux fermés a évidemment accepté. Nous avons donc franchi les portes de Vagalume pour y rencontrer un groupe bien éclectique.

Autour d'un jus de fruits fraîchement pressé par l'adorable libraire, j'ai dégainé mon petit carnet rose pailleté et je me suis laissé guidé par les premières consignes d'Anne sur un fond d'Ennio Morricone. Les sourires complices de Lisa, les « wawawa » amusants de Martine et la bienveillance de l'écoute du groupe m'ont convaincu. Ce moment allait devenir un précieux rituel sororal.

Depuis, je peux dire que j'ai recommencé à écrire. Les mercredis d'écriture sont devenus des moments attendus même si le lieu a changé. Ecouter les récits saveur d'Orient de Saousan, les phrases philosophiques de Jacques, les souvenirs d'enfance d'une Martine qui s'émerveille et redécouvrir ma sœur par ses mots sont une vraie parenthèse enchantée.


Dans mon salon, 05-10-23


Fête estivale de Cannes

Je suis à l'université, je me suis fait une bande de copines. Nous parlons vacances et j'explique que ma dépendance m'a toujours empêchée de faire des choses sans mes parents. Qu'à cela ne tienne, elles me disent. Apprends-nous à nous occuper de toi et on s'en va !

Je suis stupéfaite. Dormir loin de chez moi et sortir de mon fauteuil sans mes parents ni mon conjoint me semble inimaginable. Mais nous voilà déjà dans le train pour Cannes. Destination que je connaissais déjà en couple.

Quelques jours hors du temps où le handicap et la dépendance n'ont qu'à bien se tenir. Toutes étudiantes que nous sommes, nous nous nourrissons de chips et de rillettes de thon.

On se baigne, on boit des cocktails et surtout on rit qu'est-ce qu'on rit !



Librairie Traits d'union le 20/09/2023

Ma voie

Il est 6h28, le réveil sonne déjà.     Ma voix rauque et ralentie exprime déjà mon anxiété. Je veille à ce que mon mari ait bien entendu la ...